lundi 22 avril 2019

LES COURS D'HERVÉ THIS / liaison à base d'amandes

Le thème

Les amandes lieraient les sauces:

Le Viandier donne plusieurs recettes qui laissent penser que les amandes lieraient les sauces.
Pour faire brouet blanc de chapons & de poulaille ou de veau il conuient le boulir & prendre le
bouillon quant ils ont cuitz & mettez appart le bouillon & plumes des amandes & les broyez &
destrampez du bouillon de la poulaille des chappons ou de veau et puis coulez les amandes (Page
4) par vne estamine. Et prenez pouldre de gingembre blanc par raison & le deffaictes de vert ius &
de vin blanc Et mettes foison sucre au bouillir & quil soit de bon sel quant il sera bouilly mettes le
bouillon en vng beau pot appart & aussi le grain soit la poulaille / le chappon / ou le veau / et au
dressier mettes vostre grain en plat & vostre bouillon.

Pour tester cette idée, nous mettons une cuillerée de poudre d'amandes dans 500 g d'eau et nous
faisons bouillir. L'ébullition produit une mousse abondante. La liaison est faible. Nous ajoutons
alors davantage de poudre d'amandes, mais on n'observe pas de liaison comme avec la fécule ou
avec la farine.



LES COURS D'HERVÉ THIS : les sauces trop salées

Le thème

Les sauces trop salées sont-elles visibles à de petits points brillants ?

Le cuisinier français Jean Pierre Philippe a dit en 1992 qu'on verrait une sauce trop salée à la
présence de petits points brillants, comme des étoiles". Est-ce exact ?

Pour ce texte, nous faisons une sauce liée à la farine, comme précédemment, avec farine, eau. Pour
mieux voir les points brillants présumés, nous ajoutons un colorant vert, et obtenons donc une sauce
épaisse et vert émeraude. La sauce est beaucoup trop salée, à un point immangeable (2 cuillerée à
soupe pleine pour 500 g de sauce).
Lors de la production de sauce, il y a du blanc, mais ce sont les bulles d'air produites par l'ébullition.
Après un peu de repos, on observe la sauce, et l'on ne voit qu'une consistance très lisse, verte, sans
aucun point brillant. Les chefs se disent incapables de dire, à l’œil, si la sauce est trop salée.
Autrement dit, la précision culinaire est fausse dans sa généralité, et il resterait à chercher si des
sauces d'autres types, par exemple des sauces émulsionnées, présenteraient ces points brillants qui
ont été annoncés



dimanche 21 avril 2019

LES COURS D'HERVÉ THIS, les liaisons à la fécule

Le thème du mois :

 La fluidification éventuelle des sauces liées par de l'amidon

Nous partons d'un extrait de La maison rustique des dames, par Madame Millet-Robinet, qui écrit
page 371 :
« Certains livres de cuisine enseignent qu’au lieu d’employer de la farine de froment, dans toutes
les occasions où elle est indiquée, on peut la remplacer par de la fécule de pommes de terre ;
Centre International de gastronomie moléculaire AgroParisTech-Inra
certes, cette fécule lie très-bien les sauces, et quelques minutes de cuisson lui suffisent ; mais il me
semble fort utile de prévenir qu’une sauce faite avec de la fécule ne peut pas être réchauffée, et que
même, si l’on remue trop le mets dans lequel elle est employée, ou qu’elle reste trop longtemps sur
le feu, elle tourne, c’est-à-dire que la sauce s’éclaircit tout à coup et il semble qu’on ne l’ait pas
liée. »
Les cuisiniers diluent la fécule dans un peu d'eau froide, puis l'ajoutent dans le liquide chaud, tandis
qu'ils cuisent le plus souvent la farine (roux) avant d'ajouter le liquide froid.
Après discussion, nous décidons d'utiliser une quantité de produit amylacé de 50 g au litre, comme
pour une béchamel.

Nous utilisons pour les expériences :
- eau cristalline :500 g
- fécule pomme de terre
- farine des gourmets type 55.

Nous commençons avec la fécule, qui est donc ajoutée à de l'eau pure bouillante : l'épaississement
se fait très rapidement. Nous laissons reposer et refroidir.
Puis nous mettons la farine avec l'eau froide (pas de roux) et portons à ébullition. L'épaississement
est bien plus long, et moindre qu'avec la fécule. Quand il est obtenu, nous laissons reposer et
refroidir.
Puis, une heure après environ, les casseroles ayant été refroidies, nous réchauffons (ébullition puis
agitation) :
- la liaison à la fécule se refluidifie très difficilement, et, en tout cas, elle reste plus épaisse que la
liaison à la farine
- pas de changement notable à la farine.
On conclut que la précision culinaire explorée est fausse dans sa généralité. Il resterait à observer
dans quelles circonstances la refluidification est observée.

Les sauces trop salées sont-elles visibles à de petits points brillants ?

Le cuisinier français Jean Pierre Philippe a dit en 1992 qu'on verrait une sauce trop salée à la
présence de petits points brillants, comme des étoiles". Est-ce exact ?

Pour ce test, nous faisons une sauce liée à la farine, comme précédemment, avec farine, eau. Pour
mieux voir les points brillants présumés, nous ajoutons un colorant vert, et obtenons donc une sauce
épaisse et vert émeraude. La sauce est beaucoup trop salée, à un point immangeable (2 cuillerée à
soupe pleine pour 500 g de sauce).

Lors de la production de sauce, il y a du blanc, mais ce sont les bulles d'air produites par l'ébullition.
Après un peu de repos, on observe la sauce, et l'on ne voit qu'une consistance très lisse, verte, sans
aucun point brillant. Les chefs se disent incapables de dire, à l’œil, si la sauce est trop salée.
Autrement dit, la précision culinaire est fausse dans sa généralité, et il resterait à chercher si des
sauces d'autres types, par exemple des sauces émulsionnées, présenteraient ces points brillants qui
ont été annoncés.

samedi 13 avril 2019

TENDANCE A LA VIANDE, ATTENDRIE PAR ULTRASONS


Tendance à la viande par ultrasons


 L’attendrissage ultrasonique de la viande est une méthode mécanique simple et rapide. L'adjudication par ultrasons est utilisée avec succès dans les cuisines et les lignes de traitement industrielles. 

Hielscher Ultrasonics, propose deux options: sonicateurs compacts pour l'attendrisage facile et pratique dans les restaurants. Systèmes à ultrasons à haute puissance pour l'intégration dans les lignes de traitement industrielles. Tendance ultrasonique La tendresse est l'élément de qualité le plus important de la viande. La composition de la viande, la disposition structurelle et la composition du muscle squelettique influent sur la tendreté de la viande. Le pilonnage traditionnel de la viande est utilisé afin de rendre la viande de moindre qualité plus agréable au goût. L’attente peut être réalisée de manière mécanique (par exemple, piler, percer), thermiquement (par la cuisson, le grillage, le braisage) ou de manière enzymatique. 
Les ultrasons à haute puissance sont une nouvelle méthode mécanique pour attendrir la viande, telle que le bœuf, l’agneau, le porc, la volaille.
 Le traitement par ultrasons améliore la texture de la viande car la cavitation par ultrasons brise le tissu conjonctif périmysal et rend la structure tendre et douce.  

 Attendrisseur de viande par ultrasons La sonication s'améliore tendresse jutosité la capacité de rétention d'eau extraction de protéines myofibrillaires caractéristiques sensorielles désinfection microbienne 
La sonotrode est déplacée avec une légère pression sur la viande. Viande: veau non cuit Sous sonication avec une intensité de 12W / cm2 pour env. 60 secondes, la dureté et la texture de la viande sont comparables à celles d'une viande vieillie pendant trois à cinq jours. 
Ce protocole de base peut être facilement adapté à d’autres types de viande et de coupes
Cavitation ultrasonique 

L’attendrissage de viande assisté par ultrasons est basé sur les principes de cavitation. Par cavitation ultrasonique, les cellules musculaires sont brisées et les myofibrilles sont séparées et  les enzymes naturellement présentes sont stimulées. L'atténuation ultrasonique est provoquée par l'effondrement des bulles de cavitation. 
Ces bulles qui s’effondrent génèrent localement des températures très élevées et des ondes de choc de pression, ainsi que des micro-courants, qui se produisent avec des forces de cisaillement élevées. 
Ces effets peuvent accélérer le transport de substances vers et depuis les enzymes, et augmenter le transfert de masse dans les enzymes, augmentant ainsi les enzymes’ efficacité catalytique. 
La cavitation ultrasonique crée des forces de cisaillement intenses, cela signifie que l'attendrissage par ultrasons à des changement physico-chimique sur la structure de la viande par effets mécaniques. 

Effets ultrasoniques sur le collagène 

La sonication est une méthode mécanique pour attendrir la viande en décomposant son collagène. Le collagène est une protéine présente en abondance dans les muscles et qui donne sa texture à la viande. Plus la teneur en collagène est élevée, plus la viande est rigide. 
Pour obtenir un steak tendre et agréable au goût, il est souvent nécessaire d'attendrir la viande. 
En sonifiant la viande, les myofibrilles sont séparées et le collagène solubilisé: La sonication réduit la température de dénaturation du collagène dans le tissu musculaire de la viande car les ondes ultrasonores modifient la conformation des protéines musculaires et provoquent la fragmentation des macromolécules de collagène.
 Augmentation ultrasonique de la valeur du pH dans la viande Le traitement de cavitation par ultrasons peut augmenter considérablement le pH de la viande. 
La viande avec un pH plus élevé montre une capacité de rétention d’humidité nettement plus élevée. La viande ayant une capacité de rétention d'humidité plus élevée perd beaucoup moins de poids lors de la cuisson, du grillage ou du séchage.
 Contexte: après l'abattage, la valeur du pH de la viande baisse car le glycogène est converti en acide lactique. 
La valeur du pH est un facteur important pour la qualité des produits carnés finis. 
Si la valeur du pH tombe trop bas, les protéines se dénaturent.
 Le pH de la viande augmente considérablement après le traitement par ultrasons. 
Cette perte de pH est due à la libération d'ions de l'intérieur de la cellule dans le cytoplasme et à une modification de la structure de la protéine. MeatBuzzer avec veau sonifié Capacité de rétention de marinade améliorée
 Outre ses effets attendrissants, la sonication favorise le marinage de la viande.
 Par rupture ultrasonore du tissu musculaire, les structures cellulaires s’ouvrent pour que les marinades et les épices puissent pénétrer en profondeur. 
La viande marinée aux ultrasons peut contenir plus de marinade et de jus, ce qui donne des saveurs plus intenses et une qualité de restauration améliorée. 
L'appareil à ultrasons à main, pour l’utilisation des ultrasons dans les cuisines gastronomiques, Hielscher recommande en particulier le puissant et robuste ultrasonicator 200W UP200Ht. Equipé d'une sonotrode spéciale pour l'attendrissage de la viande, l'ordinateur de poche UP200Ht est un appareil compact et très convivial pour les applications culinaires. 

Read more: https://www.hielscher.com/fr/ultrasonic-meat-tenderization.htm

LES COURS D'HERVÉ THIS / LA HOLLANDAISE

Le thème du mois:

Le thème retenu après discussion est la confection de la sauce hollandaise.

Les textes de bas sont :

1. Jules Gouffé, 1867, Le livre de cuisine
SAUCE HOLLANDAISE. Ayez 120 grammes de beurre toujours de première qualité ; Faites
réduire dans une casserole de la contenance d'un litre 2 cuillerées à bouche de vinaigre,
assaisonnées de 5 grammes de sel et de 3 grammes de poivre blanc ; votre réduction doit vous
donner une cuillerée à café de vinaigre ; Retirez du feu, et ajoutez 2 cuillerées à bouche d'eau
froide et 2 jaunes d’oeufs, en ayant le soin de retirer les germes et de ne laisser aucune partie de
blanc ; Remettez sur un feu doux et tournez avec la cuiller de bois. Aussitôt que les jaunes
commencent à prendre, retirez du feu, ajoutez 20 grammes de beurre, tournez avec la cuiller
jusqu'à ce que les 20 grammes de beurre soient fondus; Remettez sur le feu une minute, et ajoutez
20 grammes de beurre ; Relirez encore une fois du feu, ajoutez également 20 grammes de beurre.
Ce travail doit se répéter jusqu'à l'emploi des 120 grammes de beurre, 20 grammes par 20
grammes. N'ajoutez une nouvelle quantité de beurre que lorsque la précédente est bien fondue.
Après avoir mêlé la troisième partie de beurre, versez dans la casserole une cuillerée à bouche
d'eau froide pour empêcher la sauce de tourner. Lorsque tout le beurre aura été employé, vous
verserez encore une cuillerée d'eau pour que la sauce ne soit pas trop liée ; si, malgré celte
précaution, elle marquait le dos de la cuiller à plus de 3 millimètres d'épaisseur, vous ajouteriez
une troisième cuillerée d'eau froide. Goûtez la sauce, et assaisonnez suivant le goût des personnes.
Observation. — Il arrive souvent que l'on mêle à la hollandaise soit sauce blanche, soit farine ou
fécule: suivant moi, c'est en dénaturer le caractère et le goût. Ces additions n'ont d'autre effet que
de compliquer le travail inutilement, et en même temps de changer le principe de la sauce, qui ne
doit avoir absolument d'autre base que le jaune d’oeuf et le beurre.
La sauce hollandaise faite dans les vrais principes est pour les connaisseurs la reine des sauce blanches.
2. Escoffier, Gilbert, Fetu : Guide culinaire, 1903 :
Hollandaise. – Infusion de 1 gramme de mignonnette dans 4 cuillerées d'eau et 2 cuillerées de
vinaigre. Réduire de moitié, ajouter 5 jaunes et monter à feu doux ou au bain avec 500 grammes de
beurre, et addition de 1 décilitre d'eau pendant le montage, et par petites parties, afin de la rendre
plus légère.
3. Marie-Antoine Carême, L’Art de la cuisine française au XIXe siècle (avec Plumerey pour les
deux derniers tomes), Éditions De Kérangué et Pollès, 1981 (première édition en 1847), t. I, p. 126,
A propos d'une sauce au beurre à la hollandaise ordinaire :
"Il faut avoir soin de cuire les oeufs avant d'y additionner le beurre par parties, ainsi qu'il est
indiqué". Voit-on une différence si l'on cuit avant de mettre le beurre ou pas ?
A noter qu'il est dit que la hollandaise n'est pas chauffée à plus de 45 °C. Des doutes sont émis, et
l'on invite les participants à mesurer la température, notamment dans la première étape de cuisson
des jaunes, pour laquelle il est bien improbable que la température n'atteigne pas 60 °C, température
de début de coagulation des jaunes.
La crème mousseline est évoquée, avec ajout de crème.
On décide de tester des hollandaises toutes constituées ainsi :
2 jaunes
5 cL d'eau 
1 très petite cuillère rase de sel
125 grammes de beurre
Pour nos expérimentations, nous utilisons toujours la même plaque et la même casserole. L'eau est
dosée à l'aide d'une demi coquille d’oeuf. Pour le sel, sans pouvoir peser, nous nous résolvons à
prendre une cuillère rase.
1. On commence à cuire les jaunes, mais la plaque chauffe trop, de sorte qu'il y a formation de
grumeaux. On ajoute le beurre, puis on la reprend avec de l'eau. La consistance finale n'est pas
acceptable.
2. On répète en utilisant un bain marie. Cette fois, une hollandaise est obtenue. Elle est conforme
aux critères professionnels.
3. On compare avec la sauce que l'on obtient en mettant tous les ingrédients ensemble. La
préparation s'obtient bien plus difficilement, mais, surtout, au début il est difficile d'émulsionner la
matière grasse.
4. On fait sabayon en mettant trois fois plus d'eau, avec les jaunes, et le second protocole. Cette fois,
le sabayon est très foisonné, ainsi que la sauce finale, qui est plus claire (ce qui s'explique par la
présence de beaucoup de bulles d'air, et un volume final supérieur. Il resterait à cuire davantage
pour voir si l'on pourrait avoir une consistance plus ferme.

Illustration: A gauche la hollandaise N°2, et à la
hollandaise obtenue à partir d'un "sabayon".

On discute la question de nommer la préparation du « sabayon », le terme prêtant à confusion.




LES COURS D'HERVÉ THIS / Madame Saint Ange indique dans La bonne cuisine de Madame Saint Ange, p. 1040, que l'ajout d’huile dans la pâte à friture rend celle-ci croustillante.

Le thème du mois :


- Madame Saint Ange indique dans La bonne cuisine de Madame Saint Ange, p. 1040, que l'ajout
d’huile dans la pâte à friture rend celle-ci croustillante.
« On la laisse reposer pendant au moins deux heures : la farine doit avoir le temps de gonfler, car
il s'y produit un début de fermentation qui rend la pâte plus légère. »
Trois indications, dans cette phrase, méritent une vérification :
1. l'huile rend-elle la pâte à friture plus croustillante, alors que la pâte à friture est plongée dans
l'huile ?
2. un début de fermentation a-t-il toujours lieu en deux heures de repos ?
3. une fermentation de la pâte à friture rend-elle la pâte plus légère ?
Pour nos expérimentations, nous comparons des recettes, avec notamment :
Agnès Verboom, La Table, guide complet de la maîtresse de maison, Paris-Bruxelles,
Administration du Moniteur des dames et des demoiselles (sd), p. 553 : « Pâte à frire. Mettez dans
une terrine 375 grammes de farine ; faites un creux au milieu et mettez-y deux jaunes d’oeufs [...] ;
mêlez bien le tout, puis versez-y de l’eau tiède en tournant d’une main, toujours dans le même
sens ».
Ou une recette de Michel Grossman :
- 200 g de farine
- 2 jaunes d’œufs
16 cL d'eau (certains mettent du lait, ou moitié eau et moitié lait, ou encore bière)
- ajout des 2 blancs d'oeufs battus en neige
- 7 g d'huile
La pâte doit reposer pendant une heure, raison pour laquelle on met de l'huile sur la pâte réalisée,
afin d'éviter un croûtage. Juste avant l'utilisation, l'huile est émulsionnée dans la pâte.
Certains ajoutent aussi de la « levure chimique », produit très différent de la « levure », ce qui
conduit à dénoncer la dénomination trompeuse de « levure chimique ».
Par exemple, on voit des produits tels que:



Qu'importe la marque : la dénomination est trompeuse, et l'on a souvent l'occasion de voir que le
public est effectivement trompé. On invite tous les lecteurs de ce compte rendu à écrire à la
DGCCRF pour réclamer un changement de la réglementation.
Lors de la planification des expériences, on discute la possibilité de tester l'éventuelle fermentation.
Il est sans doute vrai que le mélange de farine et d'eau permet un début immédiat de fermentation,
mais la question est de savoir « combien » de fermentation a lieu, en combien de temps, à des
températures particulières.
Rolande Ollitrault signale notamment que, pour la pâte à crêpe, le fait de faire reposer pendant 24 h
transforme la consistance : d'une consistance de carton, les crêpes prennent une belle consistance
après le repos ; le volume de pâte ne semble pas augmenter (à mesurer).
Pour des raison de temps, nous décidons de nous focaliser seulement sur la question du croustillant
qui serait dû l'huile.
Nous décidons donc de préparer une pâte, qui sera divisée en deux moitiés, l'une avec farine et
l'autre sans. Les deux pâtes à frire seront frites ensemble, le même temps, dans la même casserole,
et donc à la même température.
Nous utilisons :
Farine, type 55, « Farine des gourmets », 200 g (pesé à la balance précise au gramme)
Oeufs, Karvenach, 2 jaunes
- sel pour assaisonnement
- eau : 150 g (pesée
- le mélange est lissé
- blancs en neige
Après division, on met 5 g d'huile dans une seule des deux moitiés.
On n'observe pas de différence d'aspect de la pâte ni de différence de couleur.


Puis deux intervenants font tomber des cuillerées de chaque lot dans une même casserole d'huile
fumante, en même temps. Les petites masses frites sont récupérées à l'araignée au même moment.
Puis nous organisons un test triangulaire :
Tout d'abord, nous comparons des masses frites entières, ce qui laisse la possibilité que deux masses
frites ne soient pas identiques, en raison de tailles différentes. Les résultats, avec un premier juré,
sont :
Essai 1 : reconnaissance, mais la personne admet qu'elle a décidé au hasard, ne percevant pas de
différence de consistance ni de goût
Essai 2 : la même personne ne reconnaît pas les deux échantillons du même lot
Essai 3 : la même personne ne reconnaît pas les deux échantillons du même lot
Un autre dégustateur fait le test, mais avec des moitiés coupées pour éviter les différences entre
échantillons :
Essai 1 : la même personne ne reconnaît pas les deux échantillons du même lot
Essai 2. la personne dit reconnaître, mais admet une différence très subtile
Essai 3 : la même personne ne reconnaît pas les deux échantillons du même lot
Essai 4 : la même personne ne reconnaît pas les deux échantillons du même lot 3. faux
Un troisième dégustateur se trompe une fois sur deux, et, quand il se concentre sur la consistance (le
prétendu croustillant), il ne voit aucune différence.
Bien sûr, comme les expériences faites dans le cadre de ce séminaire, l'expérience est préliminaire,
et elle doit être reproduite, notamment parce que, pour les conclusions que nous pouvons tirer, nous
n'avons pas fait de repos de la pâte. D'autre part, nous avons utilisé de l'eau, et non du lait ou de la
bière, mais on observera que la recette initiale stipulait l'usage d'eau.

LES COURS D'HERVÉ THIS / Peut-on récupérer au mixer des jaunes d'oeufs qui ont été stockés avec du sucre ?

Le thème du mois:

Peut-on récupérer au mixer des jaunes d’œufs qui ont été stockés avec du sucre ?

Le mélange de jaune et de sucre constitue l' « appareil à bombe ». Il est dit
- soit que l'ajout sans fouetter de sucre à du jaune « brûle » le sucre
- soit que l'ajout de sucre sur un jaune entier forme une croûte solide dont on ne peut pas facilement
se débarrasser.
On fait donc l'expérience d'ajouter tant pour tant de sucre sur un jaune entier : une heure après, on
observe effectivement une couche dure.



D'autre part, on ajoute du sucre à du jaune et l'on mélange doucement : une heure après, on ne voit
plus aucun grain de sucre.
L'expérience est à refaire, à l'aide d'un microscope.
On profite de l'occasion pour rappeler :
- qu'il n'est pas vrai que le jaune soit dans le bas de l’œuf, comme cela a été écrit
- qu'il n'est pas vrai que le jaune soit au centre de l’œuf, comme cela est encore dit (même pour des
œufs frais).
Pour le démontrer, on ouvre un œuf (frais, pas de poche d'air) en coupant au couteau un
« couvercle » dans la partie supérieure, et l'on observe que le jaune flotte au dessus du blanc.
Cela est normal, car le jaune contient des graisses, qui réduisent sa densité.


A noter que l'on peut faire de nombreuses expériences pour convaincre ceux qui croient que les
chalazes maintiennent le jaune, à commencer par cuire des œufs durs en les empêchant de rouler et
en marquant au stylo la partie supérieure, ou bien en coupant l’œuf comme indiqué plus haut.

LES COURS D'HERVÉ THIS / Quel sont les effets du sel ou du sucre dans de l'eau où l'on poche des œufs

Le thème du mois:

2. Quel sont les effets du sel ou du sucre dans de l'eau où l'on poche des œufs ?

 A mettre en relation avec cet extrait de la Revue Cuisine, N°11, P. 36 : « Pour pocher des œufs, il faut les porter à ébullition dans de l’eau vinaigrée. Mettre un volume de vinaigre pour quatre d’eau.
Attention, surtout, à ne jamais rajouter de sel dans l’eau vinaigrée, car le blanc de l’oeuf se
désolidariserait du jaune » Philéas Gilbert, La cuisine de tous les mois.
Pour nos expériences, nous utilisons une large poêle pleine d'eau cristalline. Les œufs sont tous du
jour, et de la même plaque.
Tout d'abord, nous observons que, dans l'eau sans ajoute, le blanc s'étale et coagule très vite.


Puis, avec de l'eau et du sel en excès (environ 200 g de sel pour 1 L d'eau), le blanc s'étale peu, et il
n'y a pas la coagulation comme précédemment, parce que le blanc semble flotter sur la solution
saline plus dense. On obtient comme un œuf sur le plat très salé
Quand on ajoute du vinaigre (environ 1/4 de L), dans l'eau salée, on voit une écume considérable se
former. On la retire.
Puis, quand on ajoute un œuf, on voit une coagulation est immédiate, et un pochage parfait.
On répète l'opération avec de l'eau et du vinaigre sans sel, et le résultat est le même.


Quand on ajoute du vinaigre (environ 1/4 de L), dans l'eau salée, on voit une écume considérable se
former. On la retire.
Puis, quand on ajoute un œuf, on voit une confabulation est immédiate, et un pochage parfait.
On répète l'opération avec de l'eau et du vinaigre sans sel, et le résultat est le même.


Avec 200 g de sucre, le blanc s'étale, la partie externe du blanc se détache, tandis que la partie
interne du blanc reste autour du jaune et forme une masse bien coagulée. Au goût, l'oeuf poché
formé est très peu sucré.
Enfin, avec sucre et vinaigre, on retrouve les résultats constamment obtenus

LES COURS D'HERVÉ THIS / LES POMMES ONT ELLES UN GOUT DIFFÈRENT EN FONCTION DE L'OUTIL D'ÉPLUCHAGE

Le thème du mois :

1. Les pommes ont-elles un goût différent quand elles sont pelées au couteau ou à l'économe ?


On commence par discuter la question de la peau des végétaux, en rappelant que c'est dans la partie
corticale des fruits et des légumes que les végétaux accumulent des « pesticides » naturels, pour se
protéger des agresseurs (insectes, vers, mammifères, etc.), et cela depuis que des agresseurs existent
et se nourrissent de végétaux.
Plus précisément, il a été mesuré que 99,99 pour cent des pesticides de notre alimentation sont des
pesticides d'origine naturelle (voir Ames B et al. Dietary pesticides (99.99% all natural), Proc.
Nad. Acad. Sci. USA, Vol. 87, pp. 7777-7781, October 1990)!
La question culinaire n'est donc pas tant d'éliminer les résidus pesticides de synthèses qui auraient
été appliqués, mais les pesticides naturels. On rappelle que les glycoalcaloides de la pomme de terre
sont particulièrement à éviter, puisqu'ils résistent parfaitement aux températures de friture (voir par
exemple Aziz et al., Glycoalkaloids (α-Chaconine and α-Solanine) Contents of Selected Pakistani
Potato Cultivars and Their Dietary Intake Assessment, Journal of Food Science r Vol. 77, Nr. 3,
2012).
Et l'on rappelle enfin que, si les pesticides de synthèse sont précisément spécifiques des agresseurs
non humains, les plantes se moquent de produire des pesticides qui nuisent à l'espèce humaine, en
ajoutant enfin que les pesticides naturels sont plus toxiques que les pesticides de synthèse (voir
Ames B et al., Nature's chemicals and synthetic chemicals: Comparative toxicology, Proc. Nati.
Acad. Sci. USA, Vol. 87, pp. 7782-7786, October 1990)
Pour nos expérience, nous partons d'une même pomme (Golden) que nous divisons en deux moitiés
par un plan sagittal.
Une moitié est pelée à l'économe, pendant que l'autre moitié est pelée au couteau (même temps).
Les deux moitiés sont posées face coupée contre le plan de travail et laissées à l'air.
On observe que le brunissement est très lent : une heure après épluchage, les deux moitiés n'ont
quasiment pas bruni, et elles sont d'ailleurs de la même couleur.


Puis on prélève des parties de la surface à l'économe pour la pomme qui avait été pelée à l'économe,
et au couteau pour la pomme qui avait été épluchée au couteau.
On organise un test triangulaire pour savoir s'il y a une différence de goût.

Les résultats sont :
Les dégustateurs signalent l'importance de l'épaisseur, qui influe sur le jugement, et l'impression de
« purée » ou « liquide sorti » pour les pommes épluchées à l'économe… mais leurs résultats sont
aléatoires.
Puis on décide de chercher des différences dans la masse des pommes, et là encore les réponses
sont aléatoires.
On conclut surtout que des différences, s'il y en a, ne sont que très difficilement perceptibles (au
mieux).


LES COURS D'HERVÉ THIS / L'UNANI LA CINQUIÈME SAVEURS

Des discussions à propos de cette notion douteuse d'umami. On rappelle que, alors que des

Des sociétés industrielles qui vendent du mono-glutamate de sodium, promeuvent l'umami comme « la cinquième saveur », les physiologistes sensoriels savent depuis des décennies qu'il n'y a ni quatre, ni cinq saveurs, mais sans doute une infinité (comme les couleurs).
Pour ceux qui ne sont pas convaincus, on les engage à goûter du bicarbonate de sodium et de la
vodka (en se pinçant le nez) : les saveurs ne sont ni salées, ni sucrées, ni amères, ni acides, ni celle
du mono-glutamate de sodium.

On pourra lire avec intérêt des billets sur le blog http://hervethis.blogspot.com/2009/04/luttonscontre-lumami-faisons-la.html, par exemple.

Pour les saveurs des acides aminés
Une partie du monde oriental a contaminé une partie du monde occidental avec l’idée de la
saveur « umami »… et je suis en partie responsable de la diffusion de cette idée fausse de
l’umami. Voilà pourquoi je cherche aujourd’hui à me rattraper en proposant une idée plus juste.
L’umami est le nom qui a été donné il y a environ un siècle par un Japonais qui, par fermentation,
a obtenu de l’acide glutamique. La saveur de cet acide aminé n’étant ni salée, ni sucrée, ni acide,
ni amère, il a donné le nom d’umami, « délicieux ».
A la réflexion, l’idée d’une saveur nouvelle n’était pas extraordinaire, puisque le bicarbonate de
sodium, ou l’éthanol, ont aussi des saveurs qui ne sont ni salées, ni sucrées, ni acides, ni amères.
Toutefois, le Japonais en question était un homme d’affaire avisé, qui, pour vendre son composé
(ou plus exactement du mono glutamate de sodium), a payé des études. On a alors dit que cette
saveur était celle du dashi, le bouillon que les Japonais produisent par infusion courte d’algues de
type kombu dans de l’eau, ce qui fait passer en solution deux acides aminés : l’alanine, et l’acide
glutamique.
Mais alors, l’umami est-elle la saveur du dashi, ou bien celle de l’acide glutamique, ou encore
celle du mono-glutamate de sodium ? Car ces saveurs sont différentes. La confusion commence ici.
Elle se poursuit quand on cherche l’umami dans les fruits de mer, la tomate ou le parmesan, qui
contiennent également de l’acide glutamique. La tentation est alors grande de faire penser que
tous ces produits sont « bons » parce qu’ils ont la saveur umami.

Ouais… J’invite à goûter les divers acides aminés, et à observer leurs intéressantes saveurs. Et si
l’umami est la saveur de l’acide glutamique, j’invite à penser que ni le dashi ni le mono-glutamate
de sodium n’ont stricto sensu la saveur umami. D’ailleurs, pourquoi nommer umami une saveur
qui est celle de l’acide glutamique ? La saveur de l’acide glutamique, c’est… la saveur de l’acide
glutamique. Tout comme la saveur de la tyrosine (un autre acide aminé) est la saveur de la
tyrosine, et ainsi de suite pour les divers acides aminés.

LES COURS D'HERVÉ THIS / LES ŒUFS

Le thème du mois :

2.1. L'odeur soufrée des œufs durs cuits trop longtemps disparaît-elle en une nuit ?
Cette idée provient de l'ingénieur Henri Babinsky, qui signait Ali-Bab, notamment un énorme livre
paru chez Flammarion en 1907 :
Il y écrit p. 279 :« Faites durcir les œufs. [...] Afin d'éviter toute odeur sulfureuse, faites-les durcir
la veille du jour où vous préparerez le plat ».
On observe que la cuisson des œufs donne des
résultats bien différents selon la façon dont elle est
conduite. Avec des œufs cuits dans l'eau bouillante (environ 100 °C, qu'il y ait un couvercle ou
non), une durée de cuisson produit un jaune clair et un blanc encore assez tendre.
Pendant plus longtemps, le blanc durcit, tandis qu'une odeur sulfureuse apparaît, le jaune se cerclant
de vert : les protéines cuites libèrent un gaz nommé hydrogène sulfuré (H2S), qui est responsable de
l'odeur d’œuf cuit quand il est en faibles concentrations, mais qui est toxique quand il est plus
abondant.

Pour notre séminaire, on a produit :

- 1 œuf dur cuit 10 minutes seulement
- 2 œufs durs cuits pendant 20 minutes, soit une journée avant le séminaire, soit deux jours
avant… en vue de voir si l'odeur sera ou non présente.
Un dégustateur sent d'abord, yeux clos, les œufs qu'on lui présente : sans aucune erreur, il reconnaît
l’œuf dur bien cuit et les deux œufs cuits trop longtemps.
Quand on enlève la partie verte du jaune d’œuf, il continue de détecter la différence.
En bouche et le nez pincé, il juge les deux œufs identiques (« salés »), mais quand il cesse de pincer
le nez, il sent parfaitement la différence.
On conclut qu'il n'est pas vrai que 24 heures de repos permettent l'élimination de l'odeur sulfureuse
des œufs durs trop cuits.
On s'étonne de ce que des personnes aient ainsi pu écrire des choses fausses, alors que des
expérience simples auraient suffi à montrer l'inanité des conseils. Evidemment, sans naïveté, on sait
que les auteurs de livres de cuisine n'ont pas cessé -et ne cessent pas- de se recopier, sans parfois
même faire les recettes qui donnent. On observe aussi que Babinsky était un ami de Edouard de
Pomiane, qui fut une célébrité en son temps, et dont les textes -à prétention scientifique- ne sont
souvent que des élaborations pas testées expérimentalement, sans compter que les interprétations
scientifiques sont très souvent fausses.
Pour information, à ce sujet, on pourra télécharger le texte Pomiane.pdf sur le site
https://sites.google.com/site/travauxdehervethis/Home/et-plus-encore/pour-en-savoir-plus/desarticles
2. 2 Peut-on faire des blancs en neige et des mayonnaises à partir d'oeufs congelés ?

Nous avons reçu, ceci, avant le séminaire :

Bonjour à tout le monde
Malheureusement je ne suis pas en France et je ne peux pas participer au séminaire, mais j’ai fait quelques essais parce que ça m’a intéressé.
Alors normalement je fais ma mayonnaise avec un récipient assez haut et étroit, sel, poivre, moutarde, jus de citron et vinaigre, 200 ml d’huile colza, tournesol ou carthame un oeuf entier et je mix avec mon Bamix lentement de bas en haut et voilà une mayo parfaite dans 30’’.

1. J’ai mis un œuf entier avec sa coquille au congélateur (dans un bol, parce que logiquement ça s’éclate). Le
lendemain j’ai sorti l’oeuf j’ai laissé décongeler a température ambiante. Le jaune avait déjà une drôle de consistance
assez ferme. Apres j’ai procédé comme décrit ci-dessus.
Résultat : marche pas, je n’ai pas obtenu une émulsion, même pas en rajoutant un autre œuf.

2. J’ai séparé le jaune et le blanc et je l’ai mis au congélateur , le blanc dans un bol couvert, le jaune dans en
récipient, couvert avec un peu d’huile, pour éviter que ça commence à sécher dans le No Frost. Ce matin j’ai sorti les
deux et laissé décongeler à température ambiante.
Résultat blanc : battre le blanc (sans sel ni sucre) marche impeccablement même mieux, ça monte plus vite
Résultat pour le jaune : en mélangeant j’ai constaté la même drôle de texture légèrement durcie. En battant assez
fort le jaune et l’huile se sont homogénéisés. J’ai préparé un peu de moutarde, sel, poivre jus de citron et j’ai ajouté le
mélange jaune/ huile. Apres j’ai monté la mayonnaise traditionnellement en versant peu à peu l’huile. Ça marchait
sans problème mais j’avais l’impression que l’ensemble était dès le départ plus épais qu’avec un oeuf frais.
Je vous souhaite une bonne journée

Toutefois, il a été signalé que la sauce préparée ainsi n'est pas une mayonnaise, mais une rémoulade, comme expliqué dans le texte suivant, paru dans l'Hôtellerie Restauration :

Rémoulade et ravigote ?

 La cuisine française ne peut rester grande, ou grandir encore davantage, que si ceux qui la
pratiquent ont une bonne connaissance technique : que penserait-on d'un peintre qui ne
maîtriserait pas sa technique, et dont les toiles auraient des coulures signe de travail médiocre,
peu soigné ? Que penserait-on d'un musicien qui ferait des fausses notes ?
De même, la technique culinaire doit se rénover sans cesse, s'interroger, s'adapter, chercher les
raisons des gestes.
Et, évidemment, le chapitre des sauces est important. D'ailleurs, on l'ignore souvent, mais une
mayonnaise ne contient pas de moutarde, sans quoi c'est une rémoulade. Oui, une mayonnaise
s'est toujours faite, depuis son introduction, au XVIII e siècle, à partir de jaunes d'oeuf, de
vinaigre et d'huile, sel et poivre. Ce qui est d'ailleurs étonnant, c'est que le même Philéas Gilbert,
qui participa au Guide culinaire avec Emile Fetu et Auguste Escoffier (c'est un scandale que seul
le nom de ce dernier soit associé au livre) écrivit, dans un de ses livres, en 1934 (soit bien après
la publication du Guide culinaire), que la moutarde était prohibée dans la mayonnaise, car « la
moutarde est le savorisme particulier de la rémoulade ».
Pourquoi pas... mais qu'est-ce qu'une rémoulade ? Nous verrons ici que cette sauce a partie liée
avec la ravigote, avec laquelle elle ne se confond pas... et j'espère faire oeuvre utile, à partir de
textes culinaires anciens, en dégageant des idées claires que je résumerai en fin d'article.
Commençons par examiner des recettes de rémoulade du passé. En 1740, par exemple, Louis-
Auguste de Bourbon écrit dans Le Cuisinier gascon :
« Vous avez une rémoulade chaude, faite avec toutes sortes de fines herbes & beurre de Vamvre,
finir de bon goût, jus de citron ».
Première observation, donc, il y a des rémoulades chaudes, et des rémoulades froides, ce que
confirme Menon en 1755, dans Les soupers de la cour, ou l’Art de travailler toutes sortes
d’aliments pour servir les meilleurs tables, suivant les quatre saisons : sa rémoulade chaude est
composée d'oignons, huile, vin blanc, bouillon, herbes, et sa rémoulade froide de « persil, ciboule,
échalote, une gousse d’ail, câpres, anchois, le tout haché très fin, délayez avec une cuillerée de
moutarde, huile, vinaigre, sel, gros poivre ».
Quoi de commun entre ces sauces ? Cela figure dans d'autres passages, mais il y a le mot
« rémoulade », que l'on trouve aujourd'hui encore dans « rémouleur », « rémouler » : il s'agit de
faire un geste répétitif, et, pour une sauce, on sait que les liaisons par émulsion imposent ce type
de gestes. La rémoulade, au plus ancien de la cuisine écrite, c'est donc une sauce que l'on dirait
aujourd'hui travaillée, maniée (on se souvient que la mayonnaise a été jadis nommée
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« manionnaise », parce qu'elle impose ce type de gestes), rémoulée.
Passons au XIXe siècle, avec Le cuisinier national de la ville et de la campagne : « Rémolade
verte. Ayez une petite poignée de cerfeuil, la moitié de pimprenelle , d’estragon, de petite civette,
vous ferez blanchir ces herbes que l’on appelle Ravigote ; quand elles seront bien pressées, vous
les pilerez, ensuite vous y mettrez du sel, du gros poivre, plein un verre de moutarde : vous pilerez
ensuite le tout ensemble, puis vous y mettrez la moitié d’un verre d’huile que vous amalgamerez
avec votre ravigote et moutarde ; le tout bien délayé, vous y mettrez deux ou trois jaunes d’oeufs
crus, et quatre ou cinq cuillerées à bouche de vinaigre ; vous mettrez le tout ensemble et vous le
passerez à l’étamine comme si c’était une purée ; il faut que votre rémolade soit un peu épaisse ;
en cas qu’elle ne soit pas assez verte, vous y mettrez un peu de vert d’épinard ».
Beaucoup de choses intéressantes, ici, mais d'abord le fait qu'une ravigote soit définie : il s'agit
d'un ensemble d'herbes. Ensuite, on voit que dans la rémoulade, il y a de la moutarde, ce qui
justifie la remarque plus tardive de Philéas Gilbert. On ajoute du jaune d'oeuf : les cuisiniers
savent bien que le jaune donne beaucoup de goût. Puis on travaille pour obtenir la sauce
épaisse : à une époque où l'on ignorait la raison de la fermeté des émulsions (on se souvient
qu'une émulsion n'est pas une mousse!), on voit qu'il y avait quelque merveille à obtenir cette
liaison. On voit surtout que la rémoulade était d'abord la moutarde ; le jaune d’œuf n'est qu'un
raffinement ultérieur, important du point de vue gustatif.
Passons à une vingtaine d'années après, avec La cuisine à l’usage des ménages bourgeois et des
petits ménages : le document mentionne une rémoulade faite d'herbes, moutarde, huile et
vinaigre. Au même moemnt, dans Le cuisinier européen, Jules Breteuil écrit : « Sauce
rémoulade. On commence par préparer une mayonnaise […], à laquelle on incorpore, en la
tournant longtemps et vivement, une cuillerée de moutarde, pour deux jaunes d’oeufs employés ».
Cette fois, les progrès techniques de la cuisine ont montré qu'il était plus facile d'obtenir une
liaison avec l’œuf qu'avec la moutarde, et, de ce fait, l'ordre des ingrédients a été inversé. Cette
fois, la rémoulade n'est plus qu'un dérivé de la mayonnaise... tout comme l’aïoli, d'ailleurs, alors
que cette sauce fut, sous le nom de Beurre de Provence, un ancêtre de la mayonnaise dès le XVIII
e siècle. Dans L’art culinaire, Jules Besset, écrit ainsi : « Ailloli, ou rémoulade à l’ail à la
Marseillaise. […] Vous y versez l’huile goutte à goutte, sans discontinuer de tourner toujours du
même côté. […] il faut une heure et demie pour faire cette rémoulade ». Oui, il faut rémouler !
D'ailleurs on le sait bien, puisqu'on lit en 1887, dans Le nouveau livre de cuisine : « Rémoulade.
Hachez très fin persil, ciboulette, câpres, anchois, une pointe d’ail ; mêlez avec du sel et délayez
le tout avec une suffisante quantité d’huile d’olive. Il faut que tout soit bien lié et que l’huile ne se
sépare pas ; on y parvient en battant le mélange pendant longtemps. ».
Ou encore, en 1894, dans le Dictionnaire universel de cuisine pratique : « Rémoulade : de
remoudre, moulu deux fois ; parce que, à l’origine, les substances étaient pilées au mortier
comme dans la ravigote ; on l’appelait autrefois remolade. Sorte de mayonnaise assaisonnée de
différents condiments. » Ici, Favre est pris en faute, parce que la rémoulade, on l'a vu, est apparue
avant la mayonnaise. Il ne faut donc pas le suivre... sauf pour la recette suivante, qu'il donne :
« Rémoulade ordinaire : Ciseler une échalote, ajouter des câpres et cornichons hachés, ciboules,
estragon, cerfeuil, pimprenelles fraîches exprimées dans un torchon et de la moutarde de Dijon.
Mettre cet assaisonnement dans une quantité suffisante de mayonnaise, le tout relevé d’une pointe
de piment ou de poivre de Cayenne. »
Les bons usages ne se sont pas toujours perdus. Ainsi, en 1910, La nouvelle cuisinière habile,
indique : « Rémoulade. Ayez un plein verre de moutarde, que vous délayez dans un vase ; ayez un
peu d’échalotte et un peu de ravigotte que vous mettez dans votre moutarde ; joignez-y six
cuillerées d’huile, trois de vinaigre, du sel et du poivre ; délayez le tout ensemble, et mettez-y deux
jaunes d’oeufs crus, que vous remuerez avec votre rémoulade ; tournez-la bien, afin que votre
sauce soit bien liée ». De même, A. B. de Péridord considère que la ravigote est un mélange
d'herbes, et la rémoulade une mayonnaise à l’oeuf et à la moutarde. De même, la cuisinière belge
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Agnès Verboom propose une sauce rémoulade aux anchois, toujours à partir d'une base de
moutarde, tout comme Raymond Oliver, en 1958 : « Sauce rémoulade. Beaucoup de moutarde,
du sel, du poivre, un peu de vinaigre. Ajouter de l’huile peu à peu, et monter la sauce comme une
mayonnaise. C’est en effet une mayonnaise sans œufs ».
Ravigote, maintenant ?
Comme pour « échalote », on trouve « ravigote » ou « ravigotte », à commencer par Louis-
Auguste de Bourbon : « Ravigote chaude. Vous mettez deux pains de beurre de Vamvre dans une
casserole avec un peu de farine pour la lier, vous la mouillez avec du restorant selon ce qu’il vous
en faut, assaisonnez de bon goût ; étant prête à servir, vous la faites prendre ; étant liée, vous avez
toutes sortes de fournitures de salade que vous hachez bien menu, jetez dedans jus de citron ».
Cette recette montre que l’on nomme ravigote une sauce qui contient des herbes hachées. Menon,
à la même époque, dit en substance la même chose : « Sauce bachique à la ravigotte. Faites
bouillir deux grands verres de vin blanc avec un peu de blond de veau, estragon, cresson alénois,
cerfeuil, une gousse d’ail, deux échalotes, persil, ciboules, sel, gros poivre, faites réduire au point
d’une sauce ».
Et ainsi de suite en 1847 : « Ravigote froide : prenez cresson alénois, cerfeuil, pimprenelle,
estragon, civette, échalotes, ail, feuilles tendres de céleri, basilic, câpres, anchois, ce que vous
voudrez de tout cela, que vous hacherez d’abord et que vous pilerez ensuite dans un mortier de
pierre ou de marbre, jusqu’à ce que le tout soit bien écrasé ; ajoutez un jaune d’oeuf cru et
broyez, un peu d’huile, et de temps en temps un peu de vinaigre pour l’empêcher de tourner. »
Toutefois, ici, le cuisinier a ajouté le goût du jaune, très « riche », flatteur. Bernardi, en 1853, dit
même que l'on nomme ravigote un mélange d'herbes blanchies (éventuellement) et hachées,
ciselées, ou pilées. Ildefonse Brisse propose une rémoulade verte qui inclut une ravigote, mais
aussi une ravigote chaude faite d'un roux, de vin blanc et de bouillon, puis d'un mélange
d'estragon, pimprenelle, civette, cerfeuil. Idem pour bien d'autres auteurs, incluant notamment
Joseph Favre : « Ravigote : De ravigoter, qui vient de l’ancien verbe revigorer, remettre en
vigueur. Sauce relevée ainsi appelée parce qu’elle réveille l’appétit. On distingue plusieurs sortes
de sauces ravigotes ; des sauces chaudes et la sauce froide qui a pour base la mayonnaise. Ces
sauces chaudes prennent quelque fois le nom de vénitienne, vert-pré. La froide se nomme
quelquefois simplement sauce verte. Toutes ces sauces ont pour base l’assaisonnement suivant :
Appareil à ravigote : Ébouillanter à l’eau salée une quantité relative de cerfeuil, d’estragon, de
pimprenelle, de fenouil vert, de ciboulette, d’épinard ; les rafraîchir, les égoutter, les piler au
mortier avec un peu de beurre fin, du gros sol, une gousse d’ail, muscade râpée, poivre blanc et
myrte, piment frais moulus, quantité suffisante de câpres non-pareilles, un ou deux petits
cornichons et quelques capucines au vinaigre. Bien piler le tout et le passer au tamis de soie. ».
Là encore, notre homme est un peu en faute, parce qu'il voit la mayonnaise comme base, alors que
cette dernière n'est arrivée que tardivement.
Evidemment, je passe sous silence les nombreux livres écrits par des gens pas toujours
compétents, qui sont la plus grande des confusions, voire des incohérences, tant il est vrai que
point n'est besoin de diplômes (professionnel ou universitaire) pour faire un livre, ce qui encombre
les esprits avec une foule de scories, que les praticiens d'aujourd'hui doivent apprendre de
séparer de l'or de la connaissance juste.
Concluons, donc : une ravigote est un mélange d'herbes aromatiques ou de salades travaillées
(hachées, ciselées, broyées), après un éventuel blanchiment. Et cette ravigote peut être introduite
dans toute sauce, qu'elle se nomme mayonnaise, ou tartare, ou vert-pré, ou... simplement ravigote,
quand les herbes sont la base essentielle de la sauce, et que cette dernière ne tombe pas dans une
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autre catégorie. Quand il y a de la moutarde, à la base, pour faire la liaison (avec émulsion d'une
matière grasse liquide éventuelle), alors la sauce devient une rémoulade... puisqu'il y a de la
moutarde, et que celle-ci est le savorisme particulier des sauces rémoulades, que ces dernières
contiennent des herbes ou non. Dit plus succinctement, une rémoulade est une sauce bien
travaillée, à base de moutarde ; une ravigote est un mélange d'herbes, qui peut donner son nom à
une sauce.
Clair, non ?

Pour nos expériences, nous partons d’œufs congelés à -80 depuis le 11 octobre 2018 (soit 11
jours) : ils n'ont pas fêlé.
1. Le blanc monte bien en neige, pas ferme ou ferme. Si l'on prolonge le battage, on observe que le
blanc d’œuf graine une fois que l 'on a arrêté de battre.
On observera que ce résultat est celui qui avait été obtenu pendant la semaine de la science, avec
des œufs congelés à – 20 °C seulement
2. Pour la mayonnaise, on observe d'abord que le jaune forme une bille plus ferme qu'un jaune
d’œuf qui n'a pas été congelé ; il est crémeux, et sa couleur s'apparente à celle d'un abricot cuit.
Pour notre expérience, nous ajoutons deux fois le volume de vinaigre, puis du sel.
Puis on ajoute l'huile en fouettant, et l'on parvient sans difficulté à monter une mayonnaise.
On observera que l'expérience a été également faite pendant la semaine de la science, en public,
sans difficulté (œufs à -20 °C).
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Michel Grossmann signale que si l'on ajoute le sel une fois la sauce faite, on peut voir des petits
points en surface, après un temps de repos. Effectivement, nous voyons de tels points.
Puis nous discutons la question de l'influence de la congélation sur le jaune. On compare les jaunes
ainsi obtenus avec ceux que l'on obtient quand on met du sel sur du jaune (d’œuf frais) : on obtient
une sorte de pâte.
Pour interpréter le phénomène, on pourra se souvenir qu'un œuf de 60 g a un jaune d'environ 30 g,
dont 15 g sont de l'eau. D'autre part, la limite de solubilité du sel dans l'eau est d'environ 360 g/L,
soit environ 5 g de sel pour une mayonnaise où l'on n'a pas ajouté de vinaigre.
Pour poursuivre l'interprétation, on ajoute de l'eau à la pâte formée par le jaune et le sel : la
préparation blanchit et redevient liquide.
En conclusion générale :

1. l'odeur sulfureuse d'un œuf dur mal cuit semble rédhibitoire
2. les blancs d’œufs congelés montent bien en neige
3. les jaunes d’œufs congelés permettent de faire des mayonnaises.

LES COURS D'HERVÉ THIS / LES LIAISONS A L’ŒUF DUR

Le thème du mois :

2.1.Les liaisons à l’oeuf dur.
Peut-on lier à l’œuf dur ? On trouve dans La suite des dons de Comus (t1, p. 78) une « sauce au Petit
Maître » :
« Faites infuser deux gousses d’ail dans une chopine de quint-essence, ou consommé, avec une poignée de cerfeuil en branche. Passez à l’étamine. Pilez dans le mortier deux jaunes d’oeufs durs, avec quelques cœurs de laitue blanchis, et même presque cuits, hachés auparavant. Mettez le tout dans une casserole avec deux pains de beurre, deux tranches de citron, un peu de poivre concassé. Tournez le tout sur le feu ».
D'autre part, on trouve des « sauces tartares », qui sont comme des mayonnaises, mais au jaune d’œuf dur.
1953 : Curnonski, p. 83, à propos de sauce tartare : « Prélever 4 jaunes d’oeuf durs, 1 jaune d’oeuf cru
(...). Il faut remarquer que cette sauce doit s’apprêter au dernier moment, car elle se
décompose rapidement, l’oeuf cuit n’ayant pas la résistance du jaune d’oeuf cru ».
1958 : Raymond Oliver, La cuisine pour les hommes, 1958, Bibliothèque pratique des familles, Paris,
p.80 : « Sauce tartare. C’est une mayonnaise à laquelle on a incorporé quelques cornichons,
des câpres et des fines herbes ».
SD : La cuisine à l’usage des familles, par la Société des cuisiniers de Paris (le livre de la profession),
Eyrolles, Paris (sans date), p. 102 : « Sauce tartare. Ne pas préparer cette sauce longtemps à
l’avance : elle se décomposerait, les jaunes d’oeufs cuits n’ayant pas la force de résistance
des jaunes crus ».
Pour nos expérimentations, on commence par observer qu'un œuf dur se cuit 10 minutes dans l'eau
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bouillante. Pour des temps plus longs, le blanc devient caoutchouteux, le jaune devient sableux, et
un cerne vert accompagné d'une odeur soufrée se dépose à la surface du jaune. C'est pour prendre
le contre-pied d'un œuf aussi médiocre qu'ont été introduits par H. This les « œufs parfaits »,
aujourd'hui très à la mode ; à noter que le nom a été remplacé par « œuf à xx °C ».
On observe que le cerne vert des œufs trop cuits résulte de la dégradation des protéines, lors des
cuissons excessives, qui s'accompagnent de la libération du gaz nommé hydrogène sulfuré, un gaz
toxique (mortel), à l'odeur d’œuf quand il est en petite concentration, d’œuf pourri quand il est plus
concentré ; à plus forte concentration encore, on ne le sent plus, ce qui le rend particulièrement
dangereux.
On invite donc à militer contre les œufs durs à cerne vert, notamment dans les sandwicheries.
Pour nos expériences, on commence par faire trois œufs durs bien cuits, mais sans excès : ils sont
mis dans l'eau froide, qui est chauffée, et l'on compte 12 minutes après l'ébullition.
Puis on commence par mélanger 2 cuillerées d'eau et 1 jaune dur. On ajoute de l'huile goutte à
goutte en fouettant, comme pour une mayonnaise : une émulsion se fait bien.



Cette sauce (à l'exception du fait qu'on a utilisé de l'eau pure et non du vinaigre) est une « sauce
tartare ».
A quoi bon faire la sauce tartare ? On observe que le jaune d’œuf dur a un goût différent du jaune
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cru, et que la sauce tartare est donc différente de la sauce mayonnaise.
Puis on essaie de reproduire une sauce hollandaise : dans une casserole, on chauffe en fouettant de
l'eau et du jaune d’œuf dur, puis on ajoute de l'huile (on n'avait pas de beurre) en fouettant, et l'on
obtient une sauce chaude émulsionnée qui s'apparente à la sauce hollandaise.
Enfin, on essaye de faire une émulsion froide à partir de blanc d’œuf dur : on écrase un blanc d’œuf
dur dans deux cuillerées d'eau, puis on ajoute de l'huile en fouettant. L'émulsion se fait bien, même
si l'on conserve des particules, dues au fait que nous ne disposions pas d'un mortier et pilon pour
bien mêler le blanc d’œuf à l'eau (le travail a été fait au fouet).

2.2. La comparaison des solutions d'acide citrique et de jus de citron.
On dispose de citron, d'acide citrique et d'acide tartrique, et l'on cherche à savoir si un test sensoriel
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distingue les trois produits.
Une participante, fille de pharmacien, signale que sa mère utilisait de l'acide tartrique au lieu du jus
de citron.
On prépare alors des verres avec soit jus de citron (filtré, sans pépin), soit de l'acide citrique dans
l'eau (même acidité perçue).
Le premier dégustateur fait un test triangulaire yeux fermés et nez bouché : il fait une erreur, et deux
reconnaissance juste.
Le deuxième dégustateur fait encore le test, et reconnaît bien les différences : le jus de citron est un
goût plus « plein » (mais la différence est faible)
Il reste à faire le même test, mais en dilution dans un aliment (sauce) : les lecteurs de ce compte
rendu sont invités à faire ce test.
Puis on organise une comparaison tartrique/acide citrique, toujours avec un test triangulaire.
Trois dégustateurs différents reconnaissent la différence. Soit pour des raisons de saveur différente,
soit parce que la solution d'acide citrique est plus « citronnée », soit parce que, avec l'acide
tartrique, la sensation d'acidité semble apparaître plus lentement.
A noter que les deux acides ont une légère astringence.


LES COURS D'HERVÉ THIS / LES ROUX , LIAISONS ET VELOUTÉS

Le thème du mois :

Ce mois-ci, nous nous intéressons aux roux, en focalisant sur deux citations :
1. U. Dubois, p. 50. "pour obtenir des sauces bien liées, la farine doit être bien cuite".
2. 1886 : La petite cuisine des ménages (anonyme), Emile Guérin ed., Paris (sd, vers 1886), p.
24 : une sauce poivrade est faite d’un roux, avec du vinaigre… mais ne trouve-t-on pas
ailleurs que le vinaigre fluidifiait les sauces liées à la farine ?

Pour nos expériences, nous décidons :

1. de comparer le même velouté avec un roux léger ou avec le même roux cuit de façon plus
poussée
2. de comparer ces veloutés à celui que l'on obtient si l'on ajoute du vinaigre plutôt que de l'eau.
On commence par observer que la profession utilise 60 grammes de roux au litre pour des
béchamels un peu épaisses, 80 grammes par litre pour les bouchées à la reine, 100 grammes au
litre en charcuterie, et jusqu'à 125 grammes au litre pour de la crème pâtissière.
Pour nos expériences, on utilise autant de beurre de que farine, et l'on cuit légèrement le roux.
Puis on le divise en trois.
1. On ajoute alors 450 grammes d'eau dans le premier tiers du roux, et l'on cuit chacun jusqu'à
épaississement maximal. On observe que le roux pas trop cuit (couleur crème) épaissit comme on
est habitué à le voir s'épaissir.
2. On cuit le deuxième tiers du roux initial alors jusqu'à disparition des bulles et apparition d'une
couleur brune. Puis on ajoute la même quantité d'eau que dans le premier velouté : l’épaississement
est bien moindre.
3. Enfin, dans le troisième tiers du roux initial, on ajoute autant de vinaigre d'alcool blanc (8°,
Fuchs) qu'on avait ajouté d'eau dans les deux précédents roux, et l'on obtient un épaississement
presque analogue à celui du roux léger, avec un aspect plus blanc, plus brillant et plus engageant.
On observe :
- la farine insuffisamment cuite dans un roux fait un goût fade et « farineux » ; les livres de cuisine
du siècle dernier discutent cette question très abondamment, avec des querelles importantes entre
les professionnels
- pourtant, des recettes d’oeufs meurette se font avec des beurres maniés (où la farine est malaxée
avec du beurre, sans cuisson, en vue d'une dispersion plus facile (voir la discussions sur la
percolation, dans ce même compte rendu), et pas des roux
- quand un roux est cuit brun, la disparition des bulles (de vapeur) est le signe que toute l'eau du
beurre (18 % environ) et de la farine a été évaporée, de sorte que la température peut augmenter
- certains cuisiniers ont résolu la question en n'utilisant pas de la farine, mais des végétaux comme
es petits pois ou les lentilles… qui apportent de l'amidon ; en revanche, certains légumes mixés
sont seulement à l'origine de particules solides, sans amidon.

Illustration: A gauche, le velouté roux léger + vinaigre (poivrade). Au milieu le velouté classique
au roux léger. A droite, le velouté au roux brun

3- L'acclimatation de la cuisine note à note
3.1. On commence par une démonstration de l'usage de carraghénane kappa. Il s'agit d'une poudre
blanche, qui provenait de la Société Louis François.
Les gels obtenus avec le carraghénane kappa :
- sont élastiques, brillants et transparents.
- sont résistants à la chaleur, jusqu’à un peu plus de 65 °C. Ainsi, on peut réaliser des gelées,
crèmes ou mousses chaudes !
- résistent à la présence des enzymes d'ananas (broméline), de papaye (papaïne), de figue (ficine),
de cassis… Contrairement à la gélatine, qui fait des gels instables ou dont le goût est modifié par
l'ébullition, les carraghénane kappa permettent de faire des gels à partir des jus frais.
Nous faisons l'expérience de produire un gel en ajoutant une cuillerée de carraghénane à huit
cuillerées d'eau. On chauffe… et l'on obtient la gélification.

3.2. Divers autres produits :
Daniel Arrault s'est procuré des polyphénols auprès de la Société Iqemusu : le prix était de 14
euros les 100 g livrés.

▪ On peut se procurer des huiles à l'odeur de truffe (artificielle) chez Pebeyre : le produit a pour
nom Truffarome, et on trouve des reproductions de truffe noire ou blanche.

▪ Pour des recettes de « sauce wöhler », voir :
https://sites.google.com/site/travauxdehervethis/Home/applications/des-applications-de-deuxtypes/
applications-technologiques/cuisine-note-a-note/recettes-note-a-note/sauce-woehler ou encore
https://www.pierregagnaire.com/pierre_gagnaire/travaux_detail/51

▪ Le saccharose n'est autre que le nom du composé qui fait 99,9 pour cent du sucre de table blanc ;
et le fait qu'il soit blanc est la preuve de sa très grande pureté.
Non, il n'est pas vrai que le saccharose renferme du glucose et du fructose, mais il est vrai que,
quand il est chauffé en milieu acide (par exemple), les molécules de saccharose se dissocient en
deux molécules dont une est une molécule de glucose, et l'autre une molécule de fructose. Le
glucose a une saveur douce, et le fructose a une saveur sucrée
.
▪ Il existe différentes qualités de gélatine, et le fait qu'elle soit en poudre ou en feuilles n'a rien à
voir avec leur « goût ». Pure, la gélatine n'a pas de goût, et c'est la présence d'impuretés qui donne
du goût au produit. Autrement dit, de la gélatine proprement extraite est sans goût.
D'autre part, les gélatines de poisson de mers chaudes, ou de mers froides, ou de porc jeune, ou âgé,
ou de boeuf, etc. sont toutes différentes. Elles n'ont pas exactement les mêmes propriétés à la
gélification.

▪ Les additifs sont des composés qui sont évalués, très encadrées du point de vue réglementaire, et
dont plusieurs sont utilisés en cuisine. Certes, les cuisiniers ne font guère usage de conservateurs,
mais les agents gélifiants sont dans la liste autorisée et testée.
On aura intérêt à ne pas croire n'importe quel imbécile qui dit que les additifs sont dangereux pour
la santé, en n'oubliant pas que la question n'est pas le danger, mais le risque… et que l 'on peut
mourir d'un choc osmotique en buvant trop d'eau.